Auteur: Afedzi Abdullah

Depuis des années, l’industrie de la presse n’a pas connu de croissance majeure, il n’y a pas eu de nouveaux arrivants sur le marché et les entreprises existantes n’ont pas entrepris d’expansion majeure.

Les journaux au Ghana et les médias numériques

Actuellement, l’industrie de la presse évolue dans une ère de numérisation où la majorité préfère être en ligne pour lire les nouvelles sur des tablettes, des téléphones ou des ordinateurs, plutôt que d’acheter des journaux.

Les services numériques et électroniques tels que la télévision, la radio et l’encyclopédie en ligne ont suscité une rivalité très intense entre la presse écrite et les médias électroniques.

Selon une enquête menée par Pew Research en 2010, l’internet a dépassé les journaux en termes de popularité en tant que plateforme d’information et la relation des gens aux informations devient portable et participative parce que les gens transportent des informations sur des appareils mobiles et sont capables de donner un retour et de partager des commentaires sur un sujet de discussion. En d’autres termes, la consommation d’informations est devenue une relation à double sens par rapport à l’époque des journaux.

Le mouvement en faveur de la création de stations de radio ou de télévision et de portails en ligne s’est intensifié et a bénéficié d’un soutien massif.

Les journaux du Ghana n’ont pas d’autre choix que de s’intégrer à l’internet. Environ 80 % des journaux au Ghana ont intégré le web et la presse écrite ainsi que les émissions de radio et de télévision.

Concrètement, au Ghana, presque tous les grands journaux ont lancé un site web et ont commencé à publier leur contenu en ligne.

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L’émergence des médias numériques

En juin 2020, un total de 428 stations de radio sont actuellement opérationnelles sur les 575 stations de radiodiffusion FM du Ghana.

Il existe également plus de 140 stations de télévision autorisées. La plupart de ces stations ont été créées au cours de la dernière décennie.

Ce nouveau développement, selon certains analystes, risque de pousser les journaux dans leur tombe en un rien de temps.

Certains pensent que les journalistes et leurs journaux ont un certain poids en termes de crédibilité et d’autorité. Par conséquent, à moins de trouver un remplaçant tangible, les journaux ne vont pas disparaitre du jour au lendemain.

Une industrie de la presse en difficulté.

Juliet Aguiar Dugbartey est journaliste pour un journal d’affaires privé, le Business and Financial Times. Elle constate qu’au cours de la dernière décennie, les abonnements et les ventes de journaux ont diminué.

« Le journal était autrefois le moyen le plus simple d’être informé sur les questions qui se posent dans les régions, le pays et le monde en général. Les institutions et les particuliers s’abonnent également au journal pour être informés, éduqués et divertis sur des sujets divers », a-t-elle déclaré.

Selon Dugbartey, au plus fort de la pandémie de COVID-19, environ 80 % des abonnés des journaux ont cessé de s’abonner et ne sont plus revenus depuis.

Elle explique que les institutions et les particuliers ont donné des raisons telles que : « Nous ne connaissons pas la source du journal, donc nous ne le prendrons pas », « Nous ne pouvons plus nous abonner, car nous ne recevons pas beaucoup de clients dans nos locaux », « Nous n’aurons pas le temps de lire », entre autres.

La plupart des journaux du Ghana survivent grâce aux publicités et ceux qui n’en reçoivent pas beaucoup finissent par disparaitre du système, a-t-elle ajouté.

Les critiques de journaux à la radio et à la télévision constituent un autre facteur clé. En raison des critiques de journaux, certains abonnés refusent souvent d’acheter les journaux en disant qu’ils ont déjà entendu ou lu les nouvelles en ligne et qu’ils n’achèteront donc pas le journal.

M. Binney est vendeur de journaux à Cape Coast. Il a déclaré que jusqu’à présent, il prenait plus de 1 000 exemplaires de journaux, mais que ce n’est plus le cas aujourd’hui, puisqu’il prend moins de 100 exemplaires.

Comment les journaux peuvent rester pertinents

Les journaux sont reconnus comme des projecteurs dans un monde d’obscurité, apportant les nouvelles des quatre coins du pays.

Alors que le monde, y compris le Ghana, passe au paysage numérique et à son déluge d’informations, les journaux resteront les porteurs de la vérité, même sans le papier lui-même.

Nous sommes obligés de reconnaître qu’à long terme, les journaux existeront en ligne.

Certains journaux ont déjà introduit la version numérique auprès de certains de leurs abonnés. Le Daily Graphic, par exemple, dispose d’une application qui lui permet de vendre les journaux sous format numérique.

Ainsi, certaines entreprises de presse ont déjà tiré parti de la technologie pour augmenter leurs ventes, mais le processus est lent. D’autres ne sont pas non plus intéressés par la version numérique, affirmant « ne pas avoir de données pour y accéder ».

Selon Jerry Sam, journaliste et directeur de projet chez Penplusbytes, les entreprises de presse écrite doivent adopter l’approche de la convergence des médias, où le contenu des journaux est fusionné ou traduit sur les nouveaux médias et les actifs internet, ainsi que sur les technologies portables et hautement interactives par le biais de plateformes de médias numériques.

Selon lui, cela nécessitera de nouvelles méthodes de production de l’information, la presse écrite devant diffuser et monétiser l’information en ligne. Là encore, il faudra investir dans des plateformes en ligne et développer des applications mobiles capables de fournir des informations à la demande.

« Pour que les journaux survivent, ils devront renforcer la capacité de leurs journalistes à écrire à la fois pour le journal traditionnel et pour le public en ligne qui est traditionnellement impatient et ne passe pas beaucoup de temps sur de longs articles », a-t-il déclaré.

« Le personnel de la salle de presse devra désormais comprendre des rédacteurs en ligne, des modérateurs et des animateurs de réseaux sociaux, des spécialistes de l’expérience utilisateur travaillant aux côtés des reporters traditionnels », a-t-il ajouté.

Dans le même ordre d’idées, des reporters ont été réaffectés à l’information sur les communautés locales. Ils relateront les changements et couvriront les implications économiques, sociales et politiques dans certaines communautés du pays. Chaque ville est couverte par des gens de la région, pour les résidents, et cela est également présenté sur l’application ou le site web du journal.

Cela permettra d’exploiter l ’impact traditionnel de l’information, à savoir la pertinence et l’accessibilité. À l’ère de la méfiance et de la désinformation, il s’agira d’une source d’information fiable qui servira tous les lecteurs d’une manière clinique, non idéologique et utile.

Selon les prévisions de la plupart des experts, la COVID-19 va faire partie de notre quotidien et cela a aussi un impact négatif sur la production et la distribution des journaux, car de nombreux lecteurs préféreront consommer les nouvelles sur leurs appareils portables plutôt que de « toucher » les journaux.

Cela signifie que les entreprises de presse devront convertir les journaux traditionnels en bulletins d’information et en abonnements par courrier électronique afin de continuer à générer des revenus pour leurs activités.

Ce reportage a été soutenu par une microsubvention de Jamlab Africa.

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